Prédication de Didier Heller, le 03.12.2017 à Aigle :

César Auguste et les chiffres

 Lectures:

2 Samuel 24.1-4

Luc 2.1-4

En ce 1er dimanche de l’Avent, en 1ère bougie de la couronne,

pour nous préparer à attendre Noël, nous allons parler chiffres, espérance, …et royauté.

Cesar Auguste, empereur romain. En voilà un qui ne se préoccupait pas de Dieu. Au surplus, il avait tellement à faire!

Quand on est empereur romain, quand on domine l’univers, on n’a pas  le temps de s’occuper de ce Dieu des juifs.

 Voix off: A part cela, dans le stress ambiant, il n’y a pas que les empereurs romains qui n’ont pas le temps d’adorer Dieu, et de l’entendre, en ce début de période de l’Avent.

Par contre heureusement que la famille de KT nous a préparé le pt déjeuner ce matin, pour la communauté,

voilà des familles et des KT qui prennent leur engagement au sérieux, et je les en félicite!

Mais on ne peut pas en dire autant pour:César Auguste!

César Auguste, empereur romain, son ambition, ce n’est pas d’offrir un pt déjeuner, c’est de dénombrer,… recenser…, compter…, tout ce qu’il possède. Et ce bien avant que Noël arrive.

La Bible dit: « Paraît alors un édit de César Auguste pour dénombrer tout l’univers« .

Voix off: A part cela, il n’y a pas que les empereurs romains qui aiment compter leur possessions auj encore.

César Auguste a l’ambition de compter, peser, mesurer toute la grandeur de sa puissance. Les rapports de ses préfets ne lui suffisent pas, il lui faut des chiffres précis, contrôlés, sûrs.

Ironie du texte: le mot (grec: dogma) qu’on traduit par « édit » de César Auguste, est le même mot qui donnera plus tard le mot « dogme ».

Ainsi, le dogme de César: le chiffre.

La foi de César: les nombres.

Sa puissance veut être palpable, les chiffres le montrent enfin: tant de soldats, tant de population soumise, tant d’impôts perçus.

Voix off: Ceci dit:, Aujourd’hui aussi on résume une personne à des chiffres: tel homme vaut tant de diplômes, tant d’œuvres, tant de fortune.

César Auguste et son chiffre vivent encore, ils ont traversé l’histoire: puisque … c’est vous, et c’est moi,

nous faisons nos petits décrets, nos petits dogmes, nos petits recensements. Il y a ceux qui comptent leurs billets, s’ils en ont, ceux qui recensent leurs immeubles, leurs terres, leurs vaches, leus chiens.

Il y a ceux, plus subtils, qui comptent leur richesse spirituelles, leurs dons, leurs bonnes actions, le nombre de visites au monastère.

Il y a aussi ceux qui comptent l’Eglise, le nombre de paroissiens au culte, le nombre de catéchumènes, le graphique des collectes.

Et cette fin d’année, c’est le temps des budgets et bientôt des comptes dans la région, dans la paroisse: on compte, et recompte, on pèse et on soupèse.

Quelle énergie dépensée pour …rien!

Quel amour insensé du chiffre!

Quelle idée de passer son temps à mettre les chiffres dans les cases

au regard de ce que nous offre Dieu: sa grâce, toujours gratuite!

Vous l’avez remarqué, je n’aime pas beaucoup ce temps des budgets paroissiaux, ou l’on doit imaginer ce qu’on va dépenser l’an prochain,

tout comme je n’aime pas les impôt, pour lesquels nous devons compter le nombre de nos possessions, le nombre de nos enfants, et presque le nombre de nos chats.

Bien entendu, je ne critique pas totalement les chiffres,

car il en va de notre responsabilité de bien gérer ce qu’on a.

Mais ce que je critique, c’est de croire que le chiffre …c’est la réalité,

de croire que l’homme se résume à ces chiffres.

Ce que je critique, c’est de se laisser envahir par les chiffres, et après avoir compté, de faire comme César:

s’enfler d’orgueil, en voyant toute sa puissance

ou si le chiffre est trop petit pour vivre décemment, être totalement découragé.

Ne nous laissons ni enivrer, ni envahir par le chiffre.

Compter n’est pas mauvais,… à condition…,

à une condition que Noël vient nous rappeler justement.

Quelle condition?

Si nous comptons, et si à l’époque, César comptait,

il y en a un sur lequel il ne comptait pas!, …

et qui arrive justement au moment où il était dans ses comptes.

Jésus Christ apparaît en plein recensement, au moment où le plus grand empereur du monde (à ce qu’il croyait) crût pouvoir mesurer et saisir l’ampleur de sa puissance.

Si cette discrète naissance est venue aux oreilles du grand empereur, il aurait pu se dire: « chic, un de plus ».

Ce qu’il ne savait pas, c’est que ce « un de plus »-là signifiait « tout en moins ».

Il ne sait pas que sa puissance vient de craquer à ce moment même.

Voix off: A part cela, quand nous entendons pour la 1ère fois parler de Jésus, nous disons nous aussi,

chic, un ami de plus, un soutien de plus, un sauveur de plus, à côté de mes propriétés, à côté de mes animaux, à côté de mes billets.

Mais nous ne savons pas non plus qu’à ce moment là,

notre puissance vient de craquer, nos richesses viennent de tomber en poussière,

car ce « un de plus » signifie « tout en moins ».

Ce que César et nous ne savions pas, c’est que ce « un de plus » n’est pas un à côté de ce que j’ai déjà,

mais c’est un au dessus de tous les autres.

C’est celui qui vient changer l’addition en soustraction,

le dénombrement en dénuement,

brouiller les chiffres,

déjouer les calculs, au milieu de tous nos recensements.

C’est lui qui dit à César: non,

tu ne possède pas 60 mio de sujet + moi.

Mais c’est à moi qu’ils appartiennent, …et c’est à tous que je me donne.

Les hommes qui se croient  riches, ils sont pauvres,

et ce nouveau né qui paraît pauvre, c’est lui leur richesse, leur salut,

c’est lui qui est le seul capable de convertir leur vie en qqc d’éternel.

Ce temps de l’Avent qui s’ouvre, c’est exactement cela:

Dieu qui arrive au milieu de notre vie en vacarme,

comme il arriva il y a 2000 ans au milieu de ce formidable embouteillage du recensement des sujets de l’empire romain.

Chaque année sans le vouloir, nous recréons cette cohue, cet embouteillage, par le jeu des spectacles de fin d’années, par le jeu du commerce et des vitrines bien remplies, et par nos agenda et rendez-vous familiaux. Chaque année nous recréons cet embouteillage de fin d’année.

A part cela, nous sommes venus à ce 1er culte de l’Avent,

et nous  sommes tous des César Auguste en miniature,

avec notre vie dont tous les comptes montrent que nous n’en sommes jamais satisfait, nous en aimerions davantage.

Peut-être tout à l’heure étions-nous satisfait de notre avoir, mais Dieu agit comme il y a 2000 ans:

Et par ce culte,

simple comme une étable,

par ces paroles aussi pauvres qu’une mangeoire,

il vient encore et prend en charge cette vie, et de la vie il dit: C’est la mienne.

C’est la mienne, non pas que j’en suis d’abord le Seigneur dans un acte de possession,

mais c’est la mienne car j’en suis le sauveur,

et tu peux me donner tes peines et tes soucis,

tes chiffres et tes recensements,

ton orgueil et ta pauvreté;

tu peux tout donner, car je prend tout.

Je ne calcule pas, je ne trie pas, je ne mesure pas.

Je prend tout, parce que de la même manière, je te donne tout.

En conclusion, c’est ainsi

que l’empereur César Auguste, qui régna sur l’immense empire romain, plus personne n’en parle aujourd’hui, plus personne ne fête son anniversaire ou ne se souvient de ses paroles.

mais JC, qui ne régna que sur une simple étable,

on en parle encore et on le fête,

Ainsi l’amour donné compte plus que la puissance accumulée.

Ainsi l’amour de Dieu, compte plus, que tout ce qui peut être compté.

Noël s’approche à grand pas, plus que 4 semaines,

n’oublions pas pourquoi nous le fêtons,

pour qui nous le fêtons,

et laissons le Christ entrer dans nos vies.

Amen

Prière d’intercession

Dieu notre Père,

Avec le recensement de César, tu nous invites à porter un autre regard sur nous-même et sur les autres …

Donne-nous d’intégrer ce cheminement,

de ne plus compter mais d’aimer.

Seigneur, tu bouscules nos vies et nos habitudes et tu nous rejoins, là où nous ne t’attendons pas.

Ce qui nous arrive, c’est une douceur qui n’est pas de ce monde. Nous te demandons de nous laisser éveiller par cette douceur.

Seigneur, nous te prions:

Pour que notre cœur devienne attentif à ce qui se passe autour de nous et en nous : pour que nous n’acceptions plus la violence des guerres et des conflits.

Seigneur, nous te prions:

Pour que nos lèvres s’ouvrent pour dénoncer les injustices.

Seigneur, nous te prions: Pour tous ceux qui sont inquiets pour leur emploi,

Seigneur, nous te prions: Pour tous ceux qui sont sans domicile

Pour tous ceux qui demandent l’asile

Seigneur, nous te prions.

Tu viens vers nous du fond de nos nuits,

Toi qui es source de paix,

toi qui donnes souffle à nos paroles

et sens à nos vies,

convertis nos routes, pour qu’elles nous dirigent vers toi.

Amen