Prédication de Serge Paccaud, ministre du Service Communautaire Présence & Solidarité.

Journée des réfugiés. Eglise du Cloître, Aigle

 

En tant que ministre du SCPS je prends la parole année après année lors de ce culte des réfugiés. Et j’aimerai pouvoir dire que les choses évoluent dans le bons sens.

Si on peut louer la mise sur pied de projets d’églises, d’associations ou se féliciter d’initiatives privées. Toutes ses actions nécessaires démontrent combien la situation mondiale ne s’améliore pas !

Elles mettent cependant le doigt sur ce qui ne va pas et permettent la prise de conscience !

 

J’ai choisi ce matin de vous livrer et de partager avec vous simplement mes réflexions, ce que j’ai à cœur et en tête en tant que ministre et humain confronté à ce que beaucoup appelle une « crise migratoire «  sans précédent.

 

J’aimerai commencer par m’arrêter un moment sur cette fameuse crise dont parle les médias !

Dur d’ailleurs de sortir indemne d’un tel matraquage. Le lavage de cerveau n’est pas loin ! A force d’en entendre toujours parler on serait vite prêt à se barricader dans notre maison pour ne pas être envahi par je ne sais quel danger venu d’ailleurs!

 

Petit rappel :

Depuis longtemps on voit affluer des migrants de toute part, de pays pauvre ou en guerre. Des personnes de Somalie, d’Erythrée ou du Sri Lanka, de l’ex-yougoslavie. etc.

Et en plus depuis cinq ans la Syrie est à feu et à sang. Les intérêts divergeants des uns et des autres, des puissants de ce monde n’ont pas permis d’empêcher, voir ont provoqué la destruction de tout un pays, le massacre et la fuite de millions de personnes.

 

Alors on parle de crise migratoire. Mais crise pour qui ?

 

Crise pour les personnes qui fuient leur pays et cherchent secours et refuge ?

Ou crise pour ceux qui doivent recevoir ces hommes, ces femmes, ces enfants, et qui sont confrontés à leurs craintes, leurs peurs d’être envahi ou encore leur incapacité de répondre à cette demande ?

« Crise des réfugiés », « crise des migrants » : ces expressions dont on ne compte plus le nombre dans les médias comme dans les discours publics sous-entendent que nous assisterions à une augmentation toujours plus grande du nombre d’étrangers arrivant en Europe. Ce qui mettrait en danger ses équilibres économiques et sociaux. Pudiquement cachée derrière le terme flou de « crise », l’idée d’un trop-plein inédit s’est ainsi largement imposée.

Ceci malgré une importante production scientifique qui montre, toutes disciplines confondues, à quel point cette image est fausse.

Ainsi certains travaux sur « l’urgence démographique » de l’Union européenne (UE) montrent que son déficit démographique est tel que l’arrivée d’un million de migrants chaque année pendant 50 ans pourrait à peine le compenser ; que le million d’arrivées clandestines dans l’UE en 2015 correspond à seulement 0,2% de sa population ; que seules les entrées en Europe et non les sorties sont généralement comptabilisées alors que près de la moitié des migrants quittent leur pays d’accueil dans les cinq ans qui suivent leur arrivée ; qu’il n’y a non seulement pas de corrélation avérée entre chômage et migrations, mais que ces dernières représentent bien souvent une contribution économique non négligeable [2] ; qu’historiquement les nations européennes sont des pays d’immigration construits par le brassage de ses populations ; que laisser les exilés s’entasser au Liban, en Turquie ou en Jordanie constitue une bombe à retardement source de futurs conflits et de déséquilibres géopolitiques graves…

C’est pourtant autour de soi-disant « trop plein » que les pouvoirs publics élaborent leurs « solutions » aussi variées dans leurs formes qu’analogues dans leur objectif : réduire le nombre de migrants.

La solution plébiscitée est de faire le tri :

Entre ceux qui fuiraient pour des raisons politiques et seraient individuellement menacés (regroupés sous le terme de réfugiés et que l’Europe se devrait d’accueillir) et ceux qui seraient partis pour des raisons dites économiques (regroupés sous le terme de réfugiés économique) et que l’Europe pourrait refouler.

A noter que pour tous, on emploie le terme « migrants » ce qui rajoute à une confusion qui est à mon avis volontaire.

Je n’ai pas le temps de montrer ici comment au cours de l’histoire, des divers conflits cette distinction a évolué et s’est rigidifiée au point de sauver certains et d’en condamner d’autres à errer sur la planète.

Mais je me pose une question : Comment peut-on juger de la souffrance humaine qu’elle soit celle vécue à cause de la guerre, de la répression ou tout simplement à cause de l’impossibilité de faire vivre sa famille, de la loger, de la nourrir ? A cause de la famine ou de catastrophes naturelles par ex.

Pour ma part en tant qu’homme et chrétien, je ne peux pas et ne je veux pas faire ce tri. Je pourrais, j’aurai pu être à leur place ! Chaque personne sur cette planète a droit …à son coin de paradis…à droit de vivre dignement !

Je me sens partie prenante, responsable, non pas coupable mais responsable dans le sens de chercher à donner une réponse aussi petite soit-elle à la souffrance de celui qui est mon frère et ma sœur, d’où qu’il vienne et quelque soit sa raison d’être ici, ce pays où j’ai tout simplement, moi, la chance d’être né !

Il encore moins acceptable que des hommes et des femmes que nous aurions pu être, des enfants qui pourraient être les nôtres, meurent pour sauver leur peau aux portes de nos pays riches en se noyant ou en essayant de franchir une frontière, des fil de fer barbelés

Ce n’est pas une question de morale, c’est juste le besoin de me respecter moi-même avec mes convictions et en tant qu’être humain ! Aimer ou respecter l’autre, c’est d’abord m’aimer et me respecter !

Toutes ces images que nous voyons à la TV, de personnes qui fuient leur pays dévastés, qui coulent sur d’embarcations pleine à craquer, de cadavres sur les plages , nous rappellent aussi un passé qu’on croyait révolu. Face à toute cette souffrance hier comme aujourd’hui la réflexion pertinente, l’attitude courageuse, le témoignage incontournable pour nous, ici et maintenant c’est entendre, accueillir, intégrer, et aussi dénoncer les arrangements politiques sur le dos des plus pauvres et démunis !

 

C’est l’action d’abord. Les questions au fur et à mesure. Les palabres non. Les discussions oui, avec clairvoyance, au cœur de l’action.

 

Avec le texte du Lévitique, aujourd’hui tels sont les maîtres mots : justice, naturalisation, intégration.

 

Justice. Pas d’exploitation. Justice dans le sens de ne pas agir seulement par rapport au réfugié, à l’étranger en fonction des intérêts économiques. En fonction de ce qu’il peut me rapporter.

 

Justice d’abord dans le sens de restaurer, restituer la personne exclue, la restituer dans sa dignité.

 

Naturalisation. Oui, naturalisation, au sens premier de rendre naturel. Pas au sens administratif.

« Vous le traiterez comme un indigène, comme l’un de vous ». Pas de différence. Ne pas le figer dans la figure de l’étranger, ou dans celle du voyageur, celui qui est de passage. Le reconnaître dans son besoin profond de s’établir, de s’enraciner, de trouver une sécurité dans cette terre qui ne nous appartient pas. Nous ne sommes que locataire. Cette terre nous est donnée et donne gratuitement. Elle nous appelle au partage.

 

Intégration. Vous le traiterez comme l’un de vous. Il fera partie de votre réseau de vie. Il deviendra proche. Vous serez à ses côtés dans son expérience de précarité, d’incertitude, et d’insécurité, dans son désert.

Dans le judaïsme, les fidèles sont appelés chaque année à revenir sur l’expérience du désert, avec la fête des tentes. Et aussi, le peuple est amené à faire mémoire « car vous avez été des émigrés dans le pays d’Egypte ». Prendre soin du réfugié de l’étranger, du migrant aujourd’hui c’est le rejoindre aussi dans sa situation d’incertitude.

Au SCP et AMIS nous essayons depuis 16 ans à encourager et développer des liens entre personne d’ici et d’ailleurs dans le respect de chacun, de sa culture. Apprendre et recevoir des uns et des autres. Prendre soin des uns et des autres !

Il ne faut cependant pas se le cacher, nous sommes la plupart du temps dans la position de celui qui aide et le migrant dans celui qui reçoit.

Et il n’est pas aisé de sortir de ce type de position. Que chacun ait sa place, qu’il y ait un échange réel.

C’est pourquoi nous essayons de développer des activités qui permettent autant que possible cette dynamique.

La Fête des Couleurs à laquelle je vous invite les 1 et 2 juillet en est un exemple.

 

Et puis il y a un projet dont j’ai envie de vous parler c’est un projet commun entre la paroisse d’Aigle et le SCP-AMIS.

 

Un jardin solidaire à la Planchette et gérer en commun. Voici une photo ce vendredi apm. passé!

Vous êtes les uns et les autres invités à venir partager votre expérience avec nos amis migrants

 

En conclusion,

Aujourd’hui et maintenant nous agissons ici chez nous, dans une certaine urgence, face à une situation inacceptable et notre chemin d’hommes et de femmes est d’accueillir et de recevoir tous ceux qui en ont besoin.

 

Fermer nos portes, nos frontières et notre cœur ne résoudra pas la situation dite de crise !

 

Cependant nous devons également préparer le futur de nos enfants et petits enfants, en luttant pour un monde plus juste et en Paix. Un monde où chacun peut vivre là où il a mis ses racines, où il est né.

C’est à long terme la seule solution !

 

Dans ce sens nos choix en matière d’environnement, d’écologie, nos choix politiques sont fondamentaux.

Ils ne sont pas simple et demande réflexion.

Ils seront peut-être plus aisé si nous nous centrons, nous recentrons sur l’Essentiel , sur l’Autre, Celui que nous côtoyons chaque jour !

Et sur celui qui dès sa naissance a du se réfugier en Egypte !

Celui qui est était et qui sera !

Amen