« L’Ascension », prédication de Didier Wirth, pasteur dans la paroisse d’Ollon-Villars, qui a présidé le culte dans la paroisse d’Aigle, le 13 mai 2018 :

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©Didier Wirth

PREDICATION ;

Nous lisons un texte qui parle à sa manière de l’Ascension dans la lettre aux Ephésiens, chapitre 4, verset 8 à 13 :

8 Il est dit dans l’Ancien Testament :« Quand il est monté vers les hauteurs, il a fait prisonniers des puissances; il a fait des dons aux hommes ».
9 Or, que veut dire « il est monté » ? Cela présuppose que Jésus est aussi descendu dans les régions
les plus profondes de la terre.
10 Celui qui est descendu est aussi celui qui est monté au plus haut des cieux afin de remplir tout l’univers.
11 C’est lui qui a fait des dons particuliers aux hommes :des uns il a fait des apôtres,
d’autres des prophètes, d’autres encore des évangélistes, des pasteurs ou des enseignants.
12 C’est ainsi qu’il a rendu le peuple de Dieu apte à accomplir son service, pour faire grandir le corps du Christ.
13 De cette façon, nous parviendrons tous ensemble à l’unité de la foi dans la connaissance du Fils de Dieu.
Finalement, nous deviendrons des chrétiens adultes et nous arriverons à la taille parfaite du Christ.                                               

Dans quel contexte Paul se trouve-t-il quand il rédige le texte que nous avons lu ?

Et bien il est prisonnier. Il est donc impuissant, dans les fers comme aux enfers, dans un cachot comme dans une tombe.
Pour beaucoup d’entre nous, un emprisonnement représenterait une descente aux enfers – le mot descente est important aujourd’hui, puisque nous venons de fêter l’Ascension. Une fête qui est une question de descente et de montée, donc une question de spatialité. Vous allez donc voir que nous allons passablement parler d’espace ce matin, de haut et de bas.
Depuis son enfer carcéral donc, l’apôtre écrit aux chrétiens d’Ephèse pour les encourager à l’unité. Il cherche à les élever,
alors qu’il est lui au plus bas…Il faut donc supposer qu’il y avait des désaccords entre les chrétiens de cette ville d’Asie Mineure, ce qui n’a rien d’étonnant, car : là où sont 2 humains, là est le désaccord…
Avec le chapitre 4, la lettre de Paul entre dans une nouvelle partie : après avoir expliqué la doctrine de la foi, il passe à la parénèse, c’est-à-dire à des recommandations sur la vie chrétienne, sur comportement pratique du chrétien, sur les valeurs et l’éthique chrétienne.
Il veut montrer à quelle hauteur de vie et de comportement est appelé le croyant qui est touché par la foi en Jésus.

Plus précisément ici, il encourage les chrétiens à l’unité entre eux, ce qui revient à les encourager dans leurs relations humaines qui sont toujours des relations horizontales. L’horizontalité suppose l’égalité : vous êtes horizontalement égaux devant la foi, il n’y a pas de verticalité, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de hiérarchie entre vous chrétiens, dit Paul ! Il n’y a pas de haut et de bas entre vous, mais il y a je cite « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ». 
Et l’apôtre ajoute : un Père de tous « qui est au-dessus de tous… ».

Ces mots disent bien que la seule verticalité qui existe dans l’Eglise, c’est la verticalité, la supériorité de Dieu qui est au-dessus, hiérarchiquement supérieur aux chrétiens – comme au monde entier bien sûr. Après avoir donc affirmé l’horizontalité et l’égalité valable entre les chrétiens dans leurs relations, dès le verset 8 Paul cite la supériorité de Dieu pour faire la transition vers la dimension verticale de l’Evangile. Par ex, il évoque le don de la grâce aux croyants, et les dons que le Christ a fait aux hommes.
Or le fait de « donner » implique ici la verticalité, comme un parent donne quelque chose à son enfant, dans une position hiérarchique. Est-ce que vous arrivez à visualiser un trapèze suspendu au milieu d’une piste de cirque ?  oui ? Et bien en général un trapèze horizontal dans un cirque est tenu par le haut, et est assuré en bas par un filet, vous êtes d’accord. Et bien c’est la même chose ici : dès le verset 11, Paul revient à l’horizontalité entre les chrétiens et leurs dons, horizontalité qui est suspendue et fondée dans la verticalité du Christ qui « remplit tout » de haut en bas (verset 10).

 

Autrement dit : nous pouvons avoir des relations fraternelles d’unité horizontales entre nous chrétiens, pour autant que nous soyons ensemble suspendus à Jésus qui nous assure par le bas – c’est le filet – et par le haut – c’est le point d’attache du trapèze au sommet de la tente du cirque.

  • Cela veut dire que si le Christ n’était pas venu s’incarner sur la terre comme un humain, nous n’aurions pas de filet de sécurité dans les relations entre nous.
  • Et s’il n’était pas ensuite monté au ciel pour nous tenir par le haut comme le Roi divin qu’il est, nos relations horizontales humaines et chrétiennes ne tiendraient pas…

Dans notre texte, Paul oppose donc plusieurs fois le ciel et la terre, le haut et le bas en répétant les verbes 3x « il est monté » et 2x « il est descendu ». 

 Pourquoi ces répétitions ?

Et bien pour souligner que le Christ a eu 2 carrières, ou 2 métiers.

– Il a d’abord fait une carrière d’homme sur la terre, en descendant à un point de bassesse extrême: celui de l’humiliation la plus grande qu’on puisse connaître dans le monde romain, la crucifixion.

– Ensuite, il a commencé une autre carrière, celle de Roi divin victorieux prenant l’Ascenseur de la gloire extrême et suprême, remplissant tout l’univers de sa souveraineté.

On peut donc dire que Jésus fut élevé et exalté à l’Ascension autant qu’il fut d’abord extrêmement bafoué sur terre pendant son incarnation… Il s’en est allé, loin, très loin, très haut, aussi haut qu’il était descendu jusqu’au plus bas, le très-bas de la croix du brigand, homme de rien…
Le verset 10 le dit clairement par une allusion à l’Ascension : « Celui qui est descendu est aussi celui qui est monté au plus haut des cieux afin de remplir tout l’univers ». On a même un mot pour dire la gloire dans laquelle Jésus entre grâce à l’Ascension : c’est le mot plérôme, qui fait penser à « plénitude ».
L’Ascension permet de mettre un point final au balayage de tout l’espace, de bas jusqu’en haut, que Jésus a pratiqué par sa descente sur terre puis par sa remontée ; or quand on balaye, on passe partout, il n’y a pas un lieu qu’on laisse vierge.
Ainsi Jésus  remplit tout l’espace, et cette plénitude universelle qu’il atteint s’appelle un plérôme : il possède désormais toute la puissance de Dieu !

 On comprend à partir de là l’importance de l’Ascension associée à Noël, l’élévation couplée à l’incarnation de Jésus sur terre : sans ces 2 carrières du Christ qui remplissent tout l’espace, de bas en haut, nous serions comme chrétiens suspendus dans le vide et condamné à tomber, et à échouer notre propre carrière de chrétien.

– Nous serions suspendus dans le vide dans nos connaissances, ignorants concernant les bases de la foi, livrés à de fausses puissances;

– et nous serions suspendus dans le vide quant à notre éthique, sans repères pour nous comporter d’une manière juste dans nos relations humaines.

 La vérité, c’est donc qu’il n’y a pas de vide laissé par le Christ plérôme, le Christ de plénitude qui à l’Ascension remplit tout l’univers, donc qui remplit aussi nos mains de dons.

Ainsi chers amis, pas besoin de tomber dans l’activisme : car l’activisme, c’est faire pour faire, c’est faire pour remplir un vide – vous savez que la nature a horreur du vide !

Du moment que l’Ascension installe une plénitude plutôt qu’elle laisse un vide, je ne dois pas utiliser ma personnalité, mes dons, mes compétences et mon ministère chrétien de catéchète par ex. pour remplir un vide que le Christ aurait soi-disant laissé en partant !

Non, il faut plutôt que côté-à-côte, dans l’unité, chacun de nous accueille les dons que Jésus lui donne, et les mette en œuvre pour les autres.

Ainsi, vers sa fin, notre texte ose aller loin. Si Dieu a tout donné au Christ, celui-ci ensuite fait en sorte que les chrétiens participent à ce plérôme, à cette plénitude. Il y a un couple de verbe fondamental dans le texte : si Jésus « a été élevé », c’est pour « donner » ! Il ne garde pas pour lui sa plénitude, il la donne à chacun. Mais attention : il ne la donne pas à chacun de manière individuelle, il la donne à chacun dans le cadre de la vie communautaire, dans le cadre de l’Eglise. C’est pour ça que Paul dit : Dieu le Père n’est pas seulement « au-dessus de tous« , mais il est aussi « parmi tous et en tous« . 3x fois l’adverbe « tous », pour montrer que c’est ensemble que les chrétiens doivent recevoir et vivre la plénitude de Jésus.
Et le dernier verset continue de lutter contre l’individualisme humain et chrétien , je cite: Jésus « a fait des dons aux hommes pour le perfectionnement des chrétiens, pour l’édificat du corps de Christ, jusqu’à ce nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi ».
Non seulement je ne suis pas chrétien tout seul dans mon coin, mais je ne peux recevoir et vivre pleinement ma vocation dans le monde seulement si je suis relié au corps de Christ, donc à l’Eglise locale concrète.
Ainsi, la plénitude de Jésus devient une plénitude sanctifiante pour les chrétiens qui sont unis. Il n’y a donc pas d’idéal chrétien individuel : le chrétien doit être comme ci ou comme ça dans son coin. Non, il y a un idéal chrétien qui doit se vivre ensemble, il y a une richesse de la vie chrétienne que je ne peux expérimenter qu’en lien avec les autres chrétiens, eux aussi remplit de la plénitude du Saint-Esprit à Pentecôte.
Finalement dit l’apôtre, nous deviendrons des chrétiens adultes et nous arriverons à la taille parfaite du Christ.
Arriver à la taille de Jésus : voilà l’idéal chrétien, le but, la visée ! On connaît bien l’expression « je ne lui arrive pas à la cheville », ce qui veut dire qu’on imagine même pas arriver à la taille de quelqu’un ! Et bien le texte ne demande pas moins qu’on arrive à je cite « la taille parfaite du Christ! » Cela veut dire que nous ne sommes pas appelés à rester toujours les mêmes, avec nos défauts et nos blessures figés ! Non, nous sommes appelés à une transformation progressive, que la bible appelle sanctification.
Mais cette visée de croissance, de transformation de soi, n’est possible que grâce aux relations que les chrétiens développent entre eux, au sein de l’Eglise.
Attention, il n’est pas dit que les relations chrétiennes sont idéales dans l’Eglise, il est dit que ces relations, faciles ou difficiles, seront un outil permettant d’arriver au final à la taille du Christ, donc à la maturité spirituelle.
Arriver à la taille parfaite, cela s’oppose à la taille de l’enfant. L’homme mûr est celui qui grandit au point de rester fidèle à Jésus en restant fidèle aux relations chrétiennes.
Devenir adulte, c’est sortir définitivement de la condition d’être un mineur, mais pas pour devenir un adulte chrétien individualiste qui ne partagerait pas la plénitude de sa foi et ses dons avec ses frères et sœurs ! Non, l’individualisme chrétien est un signe de manque de maturité spirituelle…

En conclusion, le chrétien ne peut rien remplir par ses activités, puisqu’il n’y a aucun vide: le Christ est plénitude, et il remplit tout.
Le disciple comprend que la verticalité, la puissance, le pouvoir, la supériorité, la hiérarchie appartient au Christ, et que lui vit comme sur un trapèze, dans l’horizontalité comme un adulte spirituel mûr, appelé à être un chrétien parmi et avec les autres chrétiens, au service du monde. Si le Christ se retire à l’Ascension, c’est pour mieux pouvoir donner sa plénitude; s’il s’absente, c’est pour pouvoir être davantage présent par son Esprit, s’il « vide les lieux » comme on dit familièrement, c’est pour mieux les remplir !

L’Ascension ne nous prive pas de quelque chose, elle nous enrichit au contraire..

Nous sommes donnés les uns aux autres et donnés au monde ensemble pour faire connaître le Christ et sa bonne nouvelle.

Ô Jésus ! Merci d’être descendu sur la terre, et merci d’être monté au ciel.

Tu as été élevé, et tu as donné : je m’ouvre maintenant à tes dons et à la ta plénitude de ton Esprit. Amen.

FIN