Prédication de Didier Heller du 13 mars à Aigle

Nous irons tous au paradis

Textes bibliques:

Esaie 43.1-4a

Matthieu 18.21-22

Matthieu 18.23-35

Inspiré du livre de D. Marguerat  » Nous irons tous au paradis »

 « Nous irons tous au paradis, toi et moi » dit la chanson. Et le jugement dernier alors? Qu’en est-il?

C’est ma 2e prédication sur ce thème qui m’est de temps à autre posé par des endeuillés: le jugement dernier.

Bien qu’il soit le même, je vais commencer par distinguer le jugement dernier pour soi-même et le jugement dernier pour les autres, car nous avons souvent une manière différente d’en parler.

 Le jugement pour soi-même, a quelque chose d’éminement positif: il est la mise en lumière de sa vie, sans faux fuyants, sans œillères, en vérité… et devant la bonté de Dieu.

Le jugement dernier pour les autres, c’est une autre affaire, croit-on: c’est une protestation contre le mal.

Mais dans tous les cas, le jugement dernier a une fonction essentielle: non de répression, mais de mise en lumière.

A l’origine, le jugement dernier était né d’une protestation contre le mal très intéressante! Si mon voisin est un tyran, un filou, un traître, …un jour il paiera. C’est affirmer ainsi que ce n’est pas le mal qui aura pas le dernier mot, mais c’est Dieu. Croire au jugement dernier, c’est refuser d’abandonner le monde à une logique de domination. Croire au jugement c’est véritablement entrer en résistance contre le mal, qui n’aura jamais le dernier mot.

Mais ensuite, comment l’imaginer?

– Le jugement du méchant seulement? Ou celui du bon aussi?

– Le jugement sous forme de rétribution? Le bon gagne le paradis, le méchant gagne l’enfer?

C’est là une manière toute humaine de voir les choses, mais nous savons qu’il est inutile de projeter sur Dieu nos idées humaines, nos désirs de vengeance ou de justice, car Dieu est plus grand que nous, car sa vision est plus large.

Personne ne peut mettre la main sur le jugement de Dieu: Ce sera une divine surprise où notre conception, notre manière de vivre, nos valeurs, seront déplacées..

Parabole:

Aujourd’hui, je vais aborder cette question à partir d’une phrase de la Bible qui se trouve juste avant le récit-clé du serviteur impitoyable. Cette phrase permet un regard nouveau, presque une surprise, sur le jugement de Dieu.

« Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je? Jusqu’à 7 fois? Jésus dit: Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais 70 fois 7! » La proposition de Pierre était pourtant généreuse. Pardonner à qqn est déjà remarquable. Et lui pardonner non pas 1 fois mais 7 fois tient de l’exploit. Les rabbins disaient: à ton frère, tu pardonneras 3 fois, car Dieu pardonne 3 fois. Mais 7 fois…Pierre fait dans l’excès de générosité. Or Jésus répond et le dépasse : tu pardonneras non pas 7 fois mais 70 fois 7! C’est vraiment couper court à l’arithmétique du pardon, car le message est clair: 70 fois 7 ne signifie pas aller jusqu’à 490 fois et arrêter là l’ère du pardon. C’est un chiffre qui explose les limites, et qui veut dire: quand on pardonne, on ne compte pas.

Soit, l’impulsion est belle, mais comment serait-il humain d’assumer cette exigence. Comment pourrions-nous aussi répondre à cette indication? En devenant des athlètes du pardon? Ou en se livrer aux délices de l’autosacrifice? (ce n’est pas très sain non plus). N’est-ce pas de l’idéalisme? La parabole qui suit, vient justement pour explorer la faisabilité de cette demande. Et derrière la comparution finale du serviteur pointe l’idée du jugement dernier, avec bien sur la valeur « pédagogique » de la parabole qui « incite » à en prendre de la graine.

Logique de rétribution et logique de gratuité:

Merci au lecteur/lectrice de nous avoir lu la parabole que je résume brièvement: Le serviteur doit 10’000 talent. Le roi décide d’appliquer la sentence habituelle, puis « ému aux entrailles » prend la décision d’annuler la créance. Le serviteur, à peine gracié, ne reproduit pas ce schéma, mais se révèle quelqu’un d’impitoyable envers un autre débiteur. Enfin, le roi revient sur sa grâce, et exige à nouveau le remboursement de la dette.

Cette parabole, est un appel à passer d’une logique de rétribution à une logique de la gratuité. Et je crois que le jugement dernier est de cette trempe-là. Le serviteur, lui, n’a pas compris cette logique de la gratuité: Il a bien été au bénéfice de cette logique, puisqu’il n’avait plus de dette, mais il n’a pas laissé cette logique le transformer profondément. Comme si le cadeau ne l’a touché qu’en surface, ainsi, lorsqu’il refuse de gracier à son tour son camarade, il montre qu’il n’a pas changé. Enfin, ce qui lui est reproché n’est pas tant le regard qu’il porte sur l’autre que le regard qu’il porte sur lui-même. Il n’a pas congédié la logique rétributive du donnant-donnant. Et en fin de compte, la sanction finale ne lui fait plus de cadeau, et le lecteur tremble pour lui. Le lecteur tremble aussi pour lui-même, car la phrase finale s’adresse à lui telle une menace: « c’est ainsi que mon père vous traitera si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du coeur ».

Voilà la pédagogie de cette parabole: inciter le lecteur à changer son coeur pour rester dans cette logique du don dans le jugement, et non une logique de la rétribution dans le jugement.

La parabole réussit cette opération car elle est une réponse à la question de Pierre: « Combien de fois me faut-il pardonner? » demande-t-il. Pierre se trouve dans une logique de rétribution. Combien de fois me faut il pardonner pour entrer au paradis?

La parabole réussit aussi cette opération en faisant endosser à Pierre le rôle du serviteur, plutôt que du roi, et son point de vue change, naturellement. Lorsqu’il avançait sa comptabilité du pardon, Pierre se trouvait dans le rôle du pardonneur, et cherchait à mesurer l’ampleur de sa générosité…et espérer ainsi le paradis pour lui. Mais après la parabole, il endosse le rôle du pardonné. Alors comment se vanter de sa générosité si l’on est au bénéfice d’une plus grande générosité encore?

 Je pense que c’est là la clé de la compréhension du jugement dernier: Le jugement n’est pas censé renvoyer le croyant à la peur de n’avoir pas comptabilisé assez de bonnes action, car ce serait une logique de rétribution à abandonner. Ce n’est pas le nombre de bonnes actions qui me et qui nous rendent vous et moi honorable aux yeux de Dieu. Mais c’est le fond de mon coeur, ma capacité à pardonner, et la compréhension que Dieu a une autre logique qui me font rester dans la logique du don.

Ainsi, pour moi, le jugement dernier n’est pas une épée de Damoclès, qui force l’être humain à mener une vie exemplaire, et dans le cas contraire, mènerait aux flammes tant redoutées, mais c’est un « mode de communication », c’est une parabole, c’est une incitation, c’est une manière de parler dans la diversité qu’on connait à Jésus, pour annoncer le Royaume qui vient: cette logique du don reçu, du royaume qui vient bouleverser la vie des hommes aujourd’hui, et non dans l’au-delà seulement. Alors lorsqu’on cite ces phrases disant: – « ne jugez pas et vous ne serez pas jugés », nous restons encore dans une logique rétributive. Lorsqu’on dit avec une pointe de malice à son détracteur: « Attention le ciel te le rendra », ou « personne n’est à l’abri du jugement « , nous en restons encore à une logique rétributive. Ou lorsque l’Eglise joue avec la peur des gens en disant: nous les chrétiens devrions être reçu là haut, mais pour les autres religions, ce n’est pas à nous de juger…sous entendu: « Dieu les jugera », là encore nous en restons à un logique rétributive.

 Entrons dans cette logique du don. Soyons reconnaissant de cette découverte des réformateurs: Soyons reconnaissant envers Dieu de nous avoir déjà gracié, par la croix, avant même que nous ne le méritions. Laissons ce don nous transformer afin que nous puissions à notre tour devenir des serviteurs, et laisser Dieu mettre ses mains dans nos mains, sa bouche dans notre bouche, son coeur dans notre coeur. Nous sommes ainsi appelé, à chaque page de l’Evangile, à transformer nos coeurs.

Quand au jugement dernier, que ce soit un artifice du langage ou une réalité concrète, réjouissons-nous, de nous trouver un jour devant Dieu en pleine lumière, lui qui nous connait tel que nous sommes, et qui nous garde dans le creux sa main. …pourtant, sans jamais non plus, comme disait D: Marguerat, « devenir le produit fade d’une religion bonbon ».

Enfin, si le jugement dernier est une mise en lumière de notre vie, avec nos joies et nos faiblesses, je pense surtout qu’elle est une mise en lumière, une révélation de Dieu lui-même…une rencontre dans la vérité. J’espère avoir pu ainsi détrôner la peur du jugement dernier, et vous faire sentir l’espérance que je place dans l’amour de Dieu, et dans la logique du don.

Amen

 Prière d’intercession

Seigneur,

fais de nous des instruments de ta paix

Là où il y a la haine,
que nous mettions l’amour.

Là où il y a l’offense,
que nous mettions le pardon.

Là où il y a la discorde,
que nous mettions l’union.

Là où il y a l’erreur,
que nous mettions la vérité.

Là où il y a le doute,
que nous mettions la foi.

Là où il y a le désespoir,
que nous mettions l’espérance.

Là où il y a les ténèbres,
que nous mettions la lumière.

Là où il y a la tristesse,
que nous mettions la joie.

Par la force du Christ.

Amen