Lectures bibliques

Esaïe 53.1-11
Qui de nous a cru la nouvelle que nous avons apprise ?  Qui de nous a reconnu que le Seigneur était intervenu ?  Car, devant le Seigneur,  le serviteur avait grandi comme une simple pousse,  comme une pauvre plante qui sort d’un sol desséché.
Il n’avait pas l’allure ni le genre de beauté qui attirent les regards.  Il était trop effacé pour se faire remarquer.  Il était celui qu’on dédaigne, celui qu’on ignore, la victime, le souffre-douleur. Nous l’avons dédaigné, nous l’avons compté pour rien, comme quelqu’un qu’on n’ose pas regarder.  Or il supportait les maladies qui auraient dû nous atteindre, il subissait la souffrance que nous méritions. Mais nous pensions que c’était Dieu qui le punissait ainsi, qui le frappait et l’humiliait.  Pourtant il n’était blessé que du fait de nos crimes, il n’était accablé que par l’effet de nos propres torts. Il a subi notre punition, et nous sommes acquittés ; il a reçu les coups, et nous sommes épargnés.  Nous errions tous ça et là comme un troupeau éparpillé, c’était chacun pour soi. Mais le Seigneur lui a fait subir les conséquences de nos fautes à tous.  Il s’est laissé maltraiter sans protester, sans rien dire, comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent.  On l’a arrêté, jugé, supprimé, mais qui se souciait de son sort ? Or, il était éliminé du monde des vivants, il était frappé à mort du fait des crimes de mon peuple.  On l’a enterré avec les criminels, dans la mort, on l’a mis avec les riches, bien qu’il n’ait pas commis de violence ni pratiqué la fraude.  Mais le Seigneur approuve son serviteur accablé, et il a rétabli celui qui avait offert sa vie à la place des autres. Son serviteur aura des descendants et il vivra longtemps encore. C’est lui qui fera aboutir le projet du Seigneur.  « Après avoir subi tant de peines, dit le Seigneur, mon serviteur verra la lumière de la vie, il en fera l’expérience parfaite. Les masses humaines reconnaîtront mon serviteur comme le vrai Juste, lui qui s’est chargé de leurs fautes.
Marc 15.21-39
Un certain Simon, de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, passait par là alors qu’il revenait des champs. Les soldats l’obligèrent à porter la croix de Jésus.
Ils conduisirent Jésus à un endroit appelé Golgotha, ce qui signifie « Le lieu du Crâne ».
Ils voulurent lui donner du vin mélangé avec une drogue, la myrrhe, mais Jésus le refusa.  Puis ils le clouèrent sur la croix et se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir ce que chacun recevrait.  Il était neuf heures du matin quand ils le clouèrent sur la croix.  Sur l’écriteau qui indiquait la raison de sa condamnation, il y avait ces mots : « Le roi des Juifs ». Ils clouèrent aussi deux brigands sur des croix à côté de Jésus, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche. [ C’est ainsi que se réalisa le passage de l’Écriture qui déclare : « Il a été placé au nombre des malfaiteurs. »]
Les passants l’insultaient en hochant la tête ; ils lui disaient : « Hé ! toi qui voulais détruire le temple et en bâtir un autre en trois jours,  sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » De même, les chefs des prêtres et les maîtres de la loi se moquaient de Jésus et se disaient les uns aux autres : « Il a sauvé d’autres gens, mais il ne peut pas se sauver lui-même !  Que le Messie, le roi d’Israël descende maintenant de la croix ! Si nous voyons cela, alors nous croirons en lui. » Ceux qui avaient été mis en croix à côté de Jésus l’insultaient aussi.  A midi, l’obscurité se fit sur tout le pays et dura jusqu’à trois heures de l’après-midi.  Et à trois heures, Jésus cria avec force : « Éloï, Éloï, lema sabactani ?  » — ce qui signifie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » —
Quelques-uns de ceux qui étaient là l’entendirent et s’écrièrent : « Écoutez, il appelle Élie ! » L’un d’eux courut remplir une éponge de vinaigre et la fixa au bout d’un roseau, puis il la tendit à Jésus pour qu’il boive et dit : « Attendez, nous allons voir si Élie vient le descendre de la croix ! » Mais Jésus poussa un grand cri et mourut.
Le rideau suspendu dans le temple se déchira en deux depuis le haut jusqu’en bas.
Le capitaine romain, qui se tenait en face de Jésus, vit comment il était mort et il dit : «Cet homme était vraiment Fils de Dieu ! »

Prédication
Un Christ crucifié était impossible à croire du temps de Jésus, nous aurions été exactement comme les apôtres à leur place. Le mot Christ et le mot croix sont comme l’eau et le feu, ils peuvent se considérer séparément, mais on ne peut les associer.
Le mot Christ signifie le messie de Dieu, le béni de Dieu, le chéri de Dieu alors que la croix représente ce qu’il y a de plus ignoble, une torture affreuse, une fin abjecte.
Pourquoi de tous les maîtres religieux dont se réclament les religions aujourd’hui Jésus est-il le seul à avoir subi une mort aussi affreuse ?
Que Jésus ressuscite cela semble presque attendu de la part du messie. Mais pourquoi la croix ?
Le nouveau testament apporte au moins trois réponses à cette redoutable question.
 
L’interprétation théologique : la croix annonce le don de Dieu
L’interprétation sacrificielle : la croix parle du pardon de Dieu
L’interprétation éthique : la croix opère un renversement des valeurs
 
Aucune de ces interprétations n’est naturelle, si nous ne les avions pas lues, nous n’aurions pas su les inventer, elles sont contre nature.
 
1.    L’interprétation théologique : la croix annonce le don de Dieu
Création – alliance – incarnation – croix  jalonnent l’histoire de Dieu avec le monde. Pourquoi Dieu a t’il fait cela, les Ecritures n’ont qu’une réponse… par amour. Selon cette interprétation, la croix est le jusqu’au bout de l’amour de Dieu pour les humains, elle est l’offrande d’un Dieu qui ne veut plus être appréhendé dans le registre de la puissance, mais uniquement dans celui de l’amour. L’évangile de Jean et les épîtres de Jean martèlent cela abondamment.
C’est à partir de l’amour et de l’amour seul que nous devons relire l’ensemble de la théologie et notre compréhension de Dieu. 

2.    L’interprétation sacrificielle : la croix parle du pardon de Dieu
C’est l’interprétation la plus connue, et souvent la plus mal comprise, caricaturée en faisant de Dieu un monstre qui aurait besoin du sang de son fils pour apaiser sa colère. Or dans le premier Testament, le sacrifice est un mode de relation privilégié entre un peuple et son Dieu. Chaque dimension de la foi a un sacrifice qui lui correspond. Dans le nouveau testament, c’est l’épitre aux Hébreux qui développe la dimension sacrificielle de la mort de Jésus, elle interprète la croix au travers du sacrifice de la fête de Kippour, le jour du grand pardon. Entre Roch Hachana (nouvel an juif) et Kippour, 10 jours qui sont consacrés à la repentance, le retour vers Dieu.  Après cette période de dix jours, le grand prêtre offre un sacrifice d’expiation et Dieu descend symboliquement de son trône de justice pour prendre place sur celui de la miséricorde.  De ce lieu Dieu ne juge plus avec la rigueur de la loi mais à partir de son seul pardon.
L’épitre aux Hébreux explique que la croix représente le sacrifice parfait puisque Jésus est à la fois le grand prêtre sans péché et l’animal sans tache. Etant parfait le sacrifice n’a pas besoin d’être renouvelé, il peut donc opérer une rédemption éternelle. La mort du Christ représente la fin des sacrifices.
Depuis cette mort Dieu a définitivement quitté son trône de justice pour ne prendre place que sur son trône de miséricorde. A partir de la croix le pardon n’est plus une option, Dieu n’est plus que dans le pardon. Cette interprétation sacrificielle n’est pas l’image d’un Dieu sanguinaire qui aurait besoin du sang d’un sacrifice pour apaiser son courroux mais le vocabulaire qui annonce que Dieu ne se tient plus que dans le pardon.

3. L’interprétation éthique : la croix opère un renversement des valeurs
L’image naturelle de Dieu que nous avons est celle de la toute-puissance. Comment en serait-il autrement d’un créateur ? dans la logique de notre monde, pour vaincre, il faut être plus fort que ses adversaires.
La croix inverse cette logique en affirmant que c’est par la faiblesse que Dieu a manifesté sa divinité. La croix qui devait être la victoire des ennemis de Dieu est leur défaite. Dieu est vainqueur en se laissant dépouiller, il triomphe de ses ennemis en étant crucifié.
Ce principe se retrouve dans les évangiles, le maître est celui qui sert, le plus grand est le plus petit, le dernier est le premier… Dans les épitres. Dieu a choisi ce qui est fou dans le monde pour faire honte aux sages, Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour faire honte à ce qui est fort ; Dieu a choisi ce qui est vil dans le monde, ce qu’on méprise, ce qui n’est pas pour réduire à rien ce qui est. (1 Corinthiens 1. 27-28)
La croix nous invite à convertir notre regard pour regarder le monde à partir du bas, avec les yeux du crucifié. Voir le monde à partir des lunettes de la croix, d’un Dieu qui est sauveur en se laissant crucifier et qui préfère mourir pour ses ennemis plutôt que de les anéantir.
La croix reste un scandale que nous avons de la peine à aborder avec notre compréhension. Nous ne sommes pas là pour discuter ces interprétations, mais pour les écouter… contempler, adorer…Dire : « Dieu aurait pu faire autrement », c’est se mettre à la place de Dieu, nous n’avons pas à nous mettre à la place de Dieu.
 
La croix est un acte qui dit le don et le pardon de Dieu et qui nous invite à vivre ce qu’elle représente. L’important est le mot acte, le don et le pardon de Dieu ne sont pas des belles déclarations, mais un acte. Dieu ne peut pas changer le passé, ni faire que la croix n’ait pas eu lieu… L’engagement de Dieu est irrévocable, il ne reste plus qu’à en vivre. (Si nous croyons que le Père était avec le Fils sur la croix, alors ce n’est plus Dieu qui a besoin d’un sacrifice, mais Dieu qui s’offre lui-même en sacrifice… ce qui nous conduit à parler de mort sacramentelle du Christ plutôt que de mort sacrificielle. La différence entre le sacrifice et le sacrement c’est que le premier est l’œuvre de l’humain pour Dieu alors que le sacrement est l’œuvre de Dieu pour l’humain.

Pour finir un extrait du texte de Jean-François Ramelet que ceux qui reçoivent et lisent protestinfo auront déjà lu mercredi.
Au moment où, dans la nef de Saint-François, les musiciens répètent «La Passion selon Marc. Une passion après Auschwitz» de Michaël Levinas, deux nouveaux attentats meurtriers ont visé la communauté copte en Egypte, celle-là même dont on attribue l’émergence à la prédication de Marc. Ces attentats odieux rappellent encore une fois que des hommes continuent à tuer au nom d’une prétendue connaissance exclusive de Dieu.
J’ai toujours pensé que la fête chrétienne la plus importante du calendrier était celle de Vendredi-Saint. Sur la croix, je ne crois pas que Jésus accomplirait librement une mission ultime. Je refuse également de considérer la souffrance et le sang versé comme salutaires. A Vendredi-Saint, on ôte la vie à un innocent. Vendredi-Saint a toujours été pour moi l’expression crue et brute de la folie dont l’homme est capable lorsque sa raison est aveuglée par une idéologie, par la raison d’Etat (la Pax Romana) ou par une doctrine religieuse.
La croix est, à mes yeux, une critique radicale contre toutes les prétentions religieuses, idéologiques dominatrices ou totalitaires. En cela, elle a une portée universelle. Comme croyant, la croix se dresse à jamais devant moi comme une condamnation du religieux lorsque celui-ci devient une entreprise de régulation, d’alignement et de conditionnement du croire. Cette dérive, cette perversion guette toutes les religions et toutes les idéologies qui, lorsqu’elles y cèdent, deviennent des entreprises effroyables d’exclusion, d’épuration et de sectarisme. Malheureusement, le christianisme n’a pas su éviter cet abîme.
Devant l’énigme de la croix, les Eglises choisirent tragiquement d’endosser la posture du procureur pour désigner de présumés coupables et les traquer à jamais. Le christianisme a cédé au confort de désigner des boucs émissaires, alors que la croix aurait dû plutôt aiguiser son autocritique. On sait que cette posture a infusé durablement les esprits et les cultures en Occident, jusqu’à l’extrême insoutenable de la Shoah. Même si l’idéologie nazie détestait la foi chrétienne, force est de reconnaître que le chiendent de son antisémitisme avait été préalablement semé par les Eglises et ses serviteurs.
Dieu, s’il est Dieu, n’a pas besoin de procureur, et jamais les Eglises ne pourront se défausser de la lourde responsabilité qu’elles portent dans cette histoire tragique.
Prenons garde, l’ivraie de l’antisémitisme résiste à tout. Elle est virulente encore aujourd’hui en Occident.
Parce que la passion n’en finit pas, j’ai toujours estimé qu’il fallait prêcher à Vendredi-Saint, et ne pas se satisfaire d’une lecture liturgique qui ne fait que répéter le récit.
Prêcher pour rappeler qu’il n’y a pas d’autre blasphème que de tuer un homme au nom de Dieu.
AMEN

Prière d’intercession
Seigneur, notre Dieu,  tu règnes, tu viens dans le monde et tu nous fais porteur de cette bonne nouvelle.
Mais Seigneur, nous voulons aussi crier à toi avec les humains qui sont aujourd’hui dans la détresse :
–       Avec les prisonniers et les torturés, les réfugiés et les exilés de tous les pays, nous te prions, Seigneur que ton règne vienne !
–       Avec les peuples victime de la sécheresse, souffrant de la famine et de la malnutrition, nous te prions, Seigneur, que ton règne vienne !
–       Avec les saisonniers et les clandestins travaillant parmi nous dans des conditions difficiles et avec les travailleurs de notre pays qui sentent leur emploi menacé, nous te prions : Que ton règne vienne !
–       Avec les personnes âgées, mises à l’écart du monde actif, avec les malades qui attendent longuement une guérison, avec ceux qui meurent dans la solitude, nous te prions : que ton règne vienne !
–       Avec nos amis et nos proches frappés par l’épreuve sans que nous sachions toujours comprendre leur peine, nous te prions : Que ton règne vienne !
–       Avec les familles en deuil,  nous te prions, que ta paix les accompagne et que ton règne vienne !
–       Nous crions vers toi Seigneur, que notre prière se transforme en actes, que ton amour illumine notre amour, pour apporter à tous un monde meilleur.
 
Amen
 

Jean-Denis Roquet, pasteur