La prédication du pasteur Jean-Denis Roquet du 26 février 2017

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Prédication sur Romains 11.11-24

11Je demande donc: «Serait-ce pour tomber que les Israélites ont trébuché?» Certainement pas! Mais grâce à leur faux pas, les non-Juifs ont eu accès au salut afin de provoquer leur jalousie. 12Or, si leur faux pas a fait la richesse du monde et leur déchéance la richesse des non-Juifs, cela sera d’autant plus le cas avec leur complet rétablissement. 13Je vous le dis, à vous qui êtes d’origine non juive: en tant qu’apôtre des non-Juifs, je me montre fier de mon ministère 14afin, si possible, de provoquer la jalousie de mon peuple et d’en sauver quelques-uns. 15En effet, si leur mise à l’écart a entraîné la réconciliation du monde, que produira leur réintégration, sinon le passage de la mort à la vie? 

16Or si la première part de pain est sainte, tout le pain l’est aussi; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. 17Mais si quelques-unes des branches ont été coupées et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été greffé parmi les branches restantes et tu es devenu participant de la racine et de la sève de l’olivier, 18ne te vante pas aux dépens de ces branches. Si tu te vantes, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte. 

19Tu diras alors: «Des branches ont été coupées afin que moi je sois greffé.» 20C’est vrai. Elles ont été retranchées à cause de leur incrédulité et toi, c’est par la foi que tu subsistes. Ne fais pas preuve d’orgueil, mais aie de la crainte, 21car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus. 22Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu: sévérité envers ceux qui sont tombés et bonté envers toi, si tu demeures dans sa bonté; autrement, toi aussi tu seras retranché. 23Quant aux Israélites, s’ils ne persistent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés, car Dieu est puissant pour les greffer de nouveau. 24Si toi, tu as été coupé de l’olivier sauvage auquel tu appartenais par nature et greffé contrairement à ta nature sur l’olivier cultivé, à plus forte raison eux seront-ils greffés conformément à leur nature sur leur propre olivier.

L’antisémitisme ne date pas d’hier.

Déjà pour pharaon du temps de Moïse, il est impensable que Dieu puisse préférer les Hébreux, les Egyptiens ne sont-ils pas plus beaux, plus érudits, plus vaillants que ce petit peuple ? que Dieu puisse les préférer aux Egyptiens n’est pas concevable.

Qu’un peuple puisse être le peuple élu, est irrecevable par les autres peuples. De tous temps. Et si le nationalisme s’en mêle s’en encore bien pire.

Dans l’Archipel du Goulag, Soljenitsyne raconte qu’un Ukrainien lui demande : « Pourquoi les Juifs et pas les Ukrainiens ? » Tout est dit dans ces quelques mots. Dans l’antisémitisme, il y a non seulement une haine violente envers les Juifs, mais aussi une interpellation indignée adressée au Dieu biblique.

Alors que la bible déclare aux Hébreux, « Vous êtes le moindre de tous les peuples. » Deut.7.7 ; les juifs peuvent dire cela d’eux-mêmes sans s’indigner.

La racine de l’antisémitisme réside dans nos jalousies feutrées, cachées à cause de cette élection-là, de ceux-là qui se profilent toujours différemment de nous.

Au milieu du deuxième siècle, Justin Martyr a déclaré : « La race israélite véritable, spirituelle, celle de Juda, de Jacob, d’Isaac et d’Abraham… c’est nous, que le Christ a conduit vers Dieu. »

Il n’est plus question de greffe, Israël n’est plus rien, il est remplacé par l’Eglise. Cette lecture est en contradiction totale avec les enseignements de Paul, et elle a été une catastrophe pour l’Eglise. Cette dérive a été reprise par l’ensemble des Pères de l’Eglise, elle a été une faute grave à l’égard du Judaïsme. Elle a aussi été une erreur qui a éloigné l’église de sa source de vie : l’Evangile.

Quel regard portons-nous sur Israël ? Quel regard portons-nous sur nos origines spirituelles ?

Avez-vous déjà entendu le cri de Paul au début du chapitre 9 de l’épitre aux Romains ? et au début du chapitre 11.

Romains 9.1-5 :

1Je dis la vérité en Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit: 2j’éprouve une grande tristesse et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. 3Oui, je voudrais être moi-même maudit et séparé de Christ pour mes frères, mes propres compatriotes, 4les Israélites; c’est à eux qu’appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses 5et les patriarches; c’est d’eux que le Christ est issu dans son humanité, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen!

Romains 11.1-2a

1Je demande donc: «Dieu aurait-il rejeté son peuple?» Certainement pas! En effet, je suis moi-même israélite, de la descendance d’Abraham, de la tribu de Benjamin. 2Dieu n’a pas rejeté son peuple, qu’il a connu d’avance.

Dieu n’a pas rejeté son peuple, quoiqu’en aient pensé les Pères de l’Eglise et tous ceux qui leur ont emboîté le pas.

Maintenant écoutons Paul, l’image de la greffe qu’il utilise il l’utilise à l’envers, non pas parce qu’il ne connaît rien en arboriculture, mais pour nous rendre attentif à cette anomalie, cette image devient une parabole, et comme toujours c’est l’élément surprenant qui en fait la pointe.

Contrairement à tous les jardiniers du monde, la greffe dont nous vivons, dans la vigne de Dieu est faite à l’envers : le sauvageon est greffé sur l’olivier franc. Ainsi dans cet Olivier continue et continuera de couler jusqu’à la fin des siècles une sève du terroir juif, car la racine est sainte, reste sainte, n’a pas été et ne sera pas arrachée ; et le chrétien dès qu’il l’oublie devient un déraciné.

Comment s’étonner qu’une théologie résignée à des arrachements successifs porte des fruits de division ?

Si l’on n’a pas conscience que toutes les églises participent à la sève d’Israël, comment rechercher l’unité de l’Eglise ?

Aucune de nos façons de penser l’Eglise ne sera pleinement fidèle au Nouveau Testament tant qu’elles n’auront pas tiré toutes les conséquences de la greffe de Romains 11, à commencer par la gratitude spirituelle envers Israël.

Puisque le Judaïsme est à l’origine du Christianisme, sa racine et sa sève nous dit Paul, nous ne pouvons avoir une relation neutre à son égard : soit nous sommes dans la reconnaissance, c’est l’attitude spirituelle que j’estime normale ; soit la reconnaissance est une charge trop écrasante, nous ne voulons rien devoir à Israël, il ne reste que le rejet. Et comme il y a une culpabilité à rejeter son origine, on justifie cette attitude en chargeant la source de tous les maux et en la haïssant.

Et malheureusement c’est l’attitude dominante que l’Eglise a choisi pendant des siècles et des siècles.

Je cite Fadiev Lovsky (dans « La fidélité de Dieu »)

“Hélas, nous avons inventé une ecclésiologie du «nouvel Israël». Ce fut une funeste progression où les chrétiens d’origine païenne ont dit d’abord: «Israël, c’est nous aussi», et c’était conforme à la pensée de Saint Paul; puis on a dit: «Israël c’est nous», et cette proposition était déjà orgueilleuse et aventureuse, puisqu’on effaçait ainsi la présence des Juifs. Après quoi on en venait à «Israël ce n’est que nous»; de l’oubli on passait à l’exclusion. Il n’y avait plus désormais d’obstacle qui puisse empêcher de proclamer, dans un mouvement d’orgueil ecclésial: «Israël, ce n’est rien que nous; les Juifs ne sont plus du tout Israël, puisqu’ils sont rejetés; nous sommes le nouvel Israël.»”

Cela a engendré non seulement les pogroms, la haine du Juif pendant trop longtemps, et puis la mauvaise habitude qu’on prise les chrétiens de considérer que Dieu rejetait ceux qui n’était pas d’accord avec eux. L’histoire de l’Eglise est une succession de divisions. Ceux qui pensaient différemment que ce que les conciles avaient établis étaient appelés hérétiques. Le schisme de 1054 entre l’église d’Orient et l’église d’Occident s’est accompagné d’une excommunication réciproque. Une absurdité totale en regard de cette image de la greffe de Romains 11. La Réforme du 16ème siècle est aussi le résultat de l’incapacité de l’église romaine d’accueillir la réforme en son sein, d’accueillir la diversité plutôt que de la condamner.

Comment ne pas y voir le fruit du premier rejet, le rejet de son origine, Israël !

Une autre déviance de la théologie du rejet est l’autoritarisme, qui est le pendant à l’intérieur, de la division vis-à-vis de l’extérieur. Si l’église acquiert la conviction qu’elle est sa propre source, qu’elle résume en elle-même la présence de Dieu, il paraît juste et légitime d’imposer cette lecture à chacun. C’est ainsi qu’on arrive à l’aberration de l’inquisition, qui torture les hérétiques en étant convaincu que c’était pour leur bien, pour le salut de leurs âmes. Le présupposé de cette attitude est que l’église est détentrice du salut et qu’elle occupe la place de Dieu dans le monde. Et de fait les Juifs ont souvent été les premières victimes de l’Inquisition.

Cette lecture de l’histoire a quelque chose d’accablant. Le message de l’apôtre nous invite à ne pas en rester au découragement mais à nous tourner vers Dieu dans une attitude de repentance.

La repentance, ce n’est pas simplement demander pardon à Dieu parce qu’on a fait une bêtise, cela évoque aussi un véritable changement de comportement, sinon la repentance n’est pas sincère.

Dans notre rapport au Judaïsme il y a un point noir, très noir, c’est la Shoah. Ecoutons un Juif en parler. La rabbin Irving Greenberg affirme que l’acceptation de Jésus comme le Messie de Dieu est un pari qu’il convient d’évaluer à la lumière de son influence sur l’histoire des hommes. Le bilan spirituel du Christianisme est partagé : si le message de Jésus a inspiré beaucoup d’amour, il a aussi causé des maux terribles. Au départ on espère que le bien l’emporte sur le mal, mais devant la Shoah dit Greenberg « N’est-on pas forcé de conclure qu’il eut été préférable que le Christ ne fut jamais venu, plutôt que de savoir que de tels drames se sont répétés six millions de fois, voire plus. Le pari de la foi en Jésus ne serait-il pas perdu ? »… Il convient réorienter aujourd’hui notre théologie et notre comportement pour retrouver une relation juste avec le Judaïsme. S’il y a un impératif surgit de l’enfer d’Auschwitz, Dachau, Treblinka, c’est bien celui-ci : plus jamais !

Reconsidérons donc notre statut de branches greffées sur un tronc et des racines qui nous sont extérieures.  Cette entreprise est valable pour toute l’église, pour la catéchèse, comme pour la prédication, pour les études bibliques et la liturgie, pour la théologie et la formation des ministres. L’étude de nos racines juives n’est pas un exotisme à la mode, c’est un impératif biblique, renforcé par les leçons de l’histoire. Et nous découvrirons un trésor de spiritualité qui nous enrichira.

Nous redécouvrirons que la grâce est un héritage, elle nous vient d’un autre qui nous a précédés, et elle évidemment pur cadeau que nous ne méritons pas.

N’ignorons donc plus nos frères Juifs, Catholiques, Evangéliques, Orthodoxes, Charismatiques, ce sont nos frères, on ne peut pas renier sa famille…  N’hésitez pas à les visiter. Les frères et sœurs nous sont donnés on ne les choisit pas.

Amen