Prédication sur le « Notre Père qui es dans les cieux », à Aigle et Corbeyrier, le 24 mars 2019

Je pourrai vous dire : le Notre Père fait partie d’un ensemble littéraire, organisé par Luc et Matthieu, placé pour le 1er comme une réponse à une question circonstancielle, et pour le 2e placé dans l’ensemble appelé sermon sur la montagne.

Il y a donc 2 NP, 2 traductions.

Je pourrai vous dire : une question passionnante pour un théologien est de savoir laquelle des deux versions est la plus authentique, la plus ancienne, la plus proche des paroles du Christ. C’est probablement la brevior, la plus courte, mais il est aussi possible que Jésus ait enseigné deux fois !

Ou que la réception de ses propos en arraméen aient été traduit de deux manière différentes, par deux évangéliste qui s’adressent à deux communautés différentes. Toujours est-il que le canon a eu l’ouverture et la sagesse de retenir les deux version, et
4 évangiles,comme pour dire : ne sacralisons pas une version au dépend de l’autre, car la prière est d’abord une prière vivante. La prière de Jésus est trop grande pour se laisser enfermer par une formulation unique.

Je pourrais vous dire cela…Mais ce dimanche, commençons autrement : les disciples demandent :

Combien de temps, et comment doit-on prier ?
Que demander à Dieu dans la prière ?

Pierre, Jacques, Jean et les autres se posent cette question ! Et Un jour, l’un d’entre eux n’en pouvant plus tenir va s’écrier : Seigneur enseigne-nous à prier.  Il leur fallait découvrir le secret de la prière, car les psaumes, et les vaines redites des scribes et des pharisiens ne leur suffisaient pas. Oublions la tradition des scribes et dis-nous Jésus, comment prier vraiment.

– Eh bien justement Jésus était en prière, pour l’Evangile de Luc.

– Eh bien justement Jésus parlait de l’attitude à adopter lorsqu’on prie, lorsqu’on fait l’aumône, lorsqu’on jeune, pour l’Evangile De Matthieu. En gros il dit : « quand vous priez ne multipliez pas vos paroles mais dites Notre Père ». Cela signifie d’une certaine manière que toute prière est récapitulée dans le Notre Père, et cette prière qui aujourd’hui est devenue « traditionnelle »,rituelle, était autrefois une prière personnelle, à l’inverse des prières rituelles des scribes.

 

Nous avons aujourd’hui, à nous réapproprier cette prière, comme la prière personnelle du Christ, et comme notre prière personnelle à nous, une prière du coeur. Alors si je m’éloigne de la prière rituelle et que je me rapproche de la prière personnelle du Christ. Je ne pense pas que Jésus ai voulu qu’on récite mot à mot cette prière, mais je pense plutôt que c’est un exemple, un modèle,

…comme un maître devant ses élèves qui jouerait un morceau de violon, et leur dirait. « voilà …je vais vous jouer quelque chose pour vous montrer comment j’aimerai que vous puissiez jouiez », avec de l’émotion, de l’intimité… ne suivez pas les notes, mais le mouvement…la musique.

Donc nous sommes comme les disciples assis à côté de Jésus qui allons prendre exemple sur lui, sur le mouvement de sa prière. Je vous invite à écouter le Notre Père, après Luc et Matthieu, dans la version 2019  car on dit toujours le Notre Père, mais est-ce qu’on l’écoute souvent ? ECOUTEZ

Notre Père qui est aux cieux

En fait, on se rend compte que ce n’est pas vraiment la prière personnelle de Jésus, mais une pédagogie de prière personnelle,

car il ne dit pas « mon père », mais « notre père. », du moins chez Matthieu.

Et puis, habituellement, Jésus se retirait pour prier, tout seul, en silence, et là il est avec ses disciples. Ensuite, il y a, peu avant, une opposition, que Jésus fait entre la prière personnelle, essentielle, coeur à coeur, avec Dieu, et la prière des synagogues, publique, à haute voix.

En pensant à cette opposition, comme chrétiens pratiquants, on prend ça dans le coin de la figure, car dans nos cultes, nos groupes, nous avons toujours des prières communautaires, à haute voix, des prière d’intercession, de louange, un NP. Sauf que je crois tout de même, qu’elles ne doivent pas être assimilés à ces prières des synagogues décriés, …. mais plutôt comme le Christ, à une prière pédagogique, et surtout à une prière communautaire, une prière où nous sommes tous associés, devant Dieu.

Par ex, la prière pour le prochain culte, c’est une prière que je prépare à l’avance, et j’y mets…pas seulement mon coeur, mais aussi mon intelligence, je la construit pour Dieu, mais aussi pour les gens qui sont là, c’est un peu une prédication :

– par ex, dans ma prière intérieurr, je pense à ma famille et à 2 ou 3 situations,

– mais pour la prière communautaire, on va penser au monde entier, aux malades, aux pays en guerre, …elle a une portée plus grande, parce qu’elle est pour beaucoup, et pour associer à cette prière beaucoup.

Voilà, c’est comme ça que Jésus dit :  « Notre Père » (pas en son nom propre, mais au nom de tous ses frères et sœurs…),

Et …je ne peux …m’empêcher …de penser …à ce que disait un moine du mont Athos :je cite : quand je dis ce « notre » père, je dois m’arrêter un sacré bout de temps avant de reprendre, la suite de la prière, le temps d’associer à ce « notre » : toute la création, tous les gens, tous mes proches, tous les lointains, tous mes ennemis, toute la nature et les animaux peut-être.

La pédagogie de Jésus, dans ces premiers mots, ou la pédagogie que je reçois de Dieu, aujourd’hui, c’est que devant Dieu je ne suis pas seul ! Je suis avec. Je ne suis pas qu’avec ceux qui pensent c moi, mais je suis avec beaucoup, et certains ne pensent pas c moi, et certains sont d’autres églises, d’autres théologies,

On sait les débats qu’il y a eu entre les églises évangéliques et réformées, chacun croyant que sa théologie, est la théologie de Dieu, la théologie de la vérité, mais laissons Dieu être Dieu, laissons lui le jugement des coeurs, c’est lui seul qui a la vérité.

Mais quand je prie, je suis avec, avec tous, avec tous les chrétiens…et ça a cette force.

Quand je suis assis, comme un disciple à côté de Jésus, lui demandant de m’apprendre à prier, et qu’il dit : « Notre Père » Je ressens un bonheur inoui, un bonheur indescriptible, car au lieu de dire « mon père », comme Jésus est le seul à pouvoir le dire, il dit « notre Père », et il m’inclut à ses côtés, il m’inclut comme son frère/sœur il ne me place pas derrière lui, comme un suivant, un disciple mais avec lui, devant Dieu.

Alors quand moi aussi je commence une prière, je vais associer dans mon coeur d’autres personnes, c’est la moindre des choses que je peux faire, en regard de la générosité de Jésus à mon égard. Je ne prie pas égoïstement, seul devant Dieu, mais généreusement, ensemble devant Dieu. Jésus nous enseigne à prier, il nous donne un mouvement , une musique qu’il s’agit de reprendre pour notre propre prière personnelle, une prière qui peut être dite :

– avec les propres mots de Jésus, et en récitant le Notre Père,

– ou en disant notre propre prière, mais avec ces mêmes intentions

– ou en disant le NP, mais en s’arrêtant comme le moine du Mt Athos le faisait, en prenant du silence, du recul.

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Et tout ceux-là sont des exemples, car la prière du Christ n’est pas figée dans une tradition, mais elle ouvre …à notre prière, elle ouvre …à Dieu.

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Nous voilà assis à côté de Jésus, qui proclame son sermon sur la montagne, qui est le coeur de son enseignement. Et au coeur de ce sermon :3 éléments centraux, 3 piliers importants de la foi  que sont : l’aumone, la prière et le jeune. Et au coeur de la prière (en gros, le coeur du coeur) : cette prière du Christ, qui nous invite à nous trouver coeur à coeur avec Dieu, dans la prière.

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Je vais m’arrêter là. Mais si le repas n’a pas été assez copieux, et si vous désirez poursuivre votre réflexion pour un 2e repas sur cette 1ère phrase, pensez que les 3 mots Notre/Père/Cieux ouvrent trois pistes : fraternité/paternité/altérité (de Dieu)

Amen

 

Dider Heller, pasteur